devis-assurance

Malus et surprime : comprendre le calcul

8 min de lecture
Malus et surprime : comprendre le calcul

Deux mécanismes très différents se cachent derrière la hausse d’une cotisation automobile. Le premier obéit à une règle arithmétique publique, identique chez tous les assureurs, et suit le conducteur d’un contrat à l’autre. Le second relève d’une décision commerciale, propre à chaque compagnie, et se négocie ou se contourne en changeant d’assureur. Confondre malus et surprime conduit à des démarches inutiles : on tente de discuter ce qui ne se discute pas, et on subit ce qui se renégocie. Ce dossier détaille le fonctionnement du coefficient de réduction-majoration, l’effet réel d’un sinistre selon la responsabilité retenue, les conditions de retour à la normale, puis la logique parallèle des majorations commerciales.

Le coefficient de réduction-majoration, règle par règle

Tableau de calcul de coefficient et contrat d’assurance sur un bureau

Le coefficient de réduction-majoration, communément appelé bonus-malus, est un multiplicateur appliqué à une prime de référence. Tout conducteur débute à 1. Chaque année d’assurance complète sans sinistre responsable le fait baisser de cinq pour cent ; chaque sinistre responsable le fait monter. Le résultat s’arrondit par défaut à la deuxième décimale et se transmet d’un assureur à l’autre par le relevé d’information.

Événement sur l’annéeEffet sur le coefficientIllustration à partir de 1,00
Aucun sinistre responsableMultiplication par 0,951,00 devient 0,95
Un sinistre entièrement responsableMultiplication par 1,251,00 devient 1,25
Un sinistre partiellement responsableMultiplication par 1,1251,00 devient 1,12
Deux sinistres responsablesLes majorations se cumulent1,00 devient 1,56
Plancher réglementaireCoefficient minimal0,50
Plafond réglementaireCoefficient maximal3,50

Trois précisions évitent les erreurs de lecture. Le coefficient s’applique à une prime de référence propre à chaque assureur : deux conducteurs au même coefficient ne paient pas le même montant, puisque la base diffère. Le coefficient est attaché au conducteur, non au véhicule : changer de voiture ne le modifie pas. Enfin, les majorations et réductions se multiplient, elles ne s’additionnent pas, ce qui explique qu’un retour à l’équilibre demande plusieurs années.

Une année d’assurance, au sens du dispositif, correspond à une période de douze mois se terminant deux mois avant l’échéance annuelle du contrat. Un sinistre survenu dans les toutes dernières semaines d’une période se répercute donc sur l’exercice suivant, décalage qui surprend fréquemment à la lecture d’un avis d’échéance.

Le calcul s’applique par contrat et par véhicule assuré, mais le coefficient reste rattaché à la personne. Un foyer disposant de deux véhicules gère donc deux contrats, chacun avec son propre historique de sinistres, alors que le conducteur y figure sous une même identité. Cette double lecture explique certaines situations apparemment incohérentes, où un sinistre affecte le coefficient d’un contrat sans toucher celui de l’autre.

Ce qui compte comme sinistre, et ce qui ne compte pas

La responsabilité retenue par l’assureur détermine tout. Un accident dans lequel aucune part de responsabilité n’est retenue reste sans effet sur le coefficient, même s’il a donné lieu à une indemnisation importante. Un accident dans lequel une responsabilité partagée est retenue produit une majoration réduite de moitié par rapport à un sinistre entièrement responsable.

Plusieurs événements courants n’entrent pas dans le calcul, ce qui rassure utilement. Le vol, l’incendie, le bris de glace et les dommages liés à un événement climatique ou à une catastrophe naturelle ne modifient pas le coefficient. Un stationnement régulier heurté par un tiers non identifié ne le modifie pas davantage, sous réserve des règles propres au contrat en matière de franchise.

La part de responsabilité se détermine à partir du constat amiable et de conventions professionnelles d’indemnisation. Une contestation est possible : elle s’exerce auprès de l’assureur, pièces à l’appui, puis auprès du service de réclamation, puis auprès de la médiation. Le délai pour agir compte, car une fois le coefficient inscrit sur le relevé d’information, la correction devient plus lourde à obtenir.

Un point mérite d’être connu : la règle dite de première majoration, prévue par le dispositif réglementaire du bonus-malus. Un conducteur qui bénéficie depuis au moins trois ans du coefficient minimal conserve celui-ci après un premier sinistre responsable. Cette protection ne joue qu’une fois et ne concerne que les profils installés durablement au plancher.

Une question revient au sujet des petits sinistres : vaut-il mieux régler soi-même un dommage plutôt que de le déclarer ? Le raisonnement se pose en trois temps. Le coût de la réparation d’abord, comparé à la franchise, une réparation inférieure à la franchise ne donnant lieu à aucune indemnisation. L’effet sur le coefficient ensuite, mesuré sur plusieurs années de cotisation et non sur la seule échéance suivante. Le risque enfin de découvrir tardivement un dommage plus lourd, ou une réclamation d’un tiers, une fois le délai de déclaration expiré. La déclaration reste obligatoire dès lors qu’un tiers est impliqué.

La descente du coefficient et le retour à l’équilibre

Le dispositif prévoit une sortie rapide du malus, souvent ignorée. Lorsqu’un conducteur dont le coefficient dépasse 1 traverse deux années consécutives sans aucun sinistre responsable, son coefficient est ramené à 1. La règle est appréciable : un conducteur remonté à 1,56 après deux accidents ne met pas dix ans à revenir, mais deux années propres.

Situation de départAprès une année sans sinistreAprès deux années sans sinistre
Coefficient 1,251,18Ramené à 1,00
Coefficient 1,561,48Ramené à 1,00
Coefficient 1,000,950,90
Coefficient 0,500,50, plancher atteint0,50

Sous le seuil de 1, la mécanique redevient linéaire : la baisse de cinq pour cent par an s’applique jusqu’au plancher, atteint après une longue période sans sinistre responsable. Le plancher réglementaire se conserve ensuite tant que le dossier reste propre.

Deux situations méritent attention. Une interruption d’assurance ne fait pas progresser le coefficient : les années sans contrat ne comptent pas comme années sans sinistre, le coefficient se conserve simplement en l’état. Et un conducteur qui n’a jamais été assuré en son nom, ou dont le relevé d’information est trop ancien, se voit fréquemment appliquer le coefficient de départ, quelle que soit son expérience réelle du volant.

Malus et surprime : deux logiques qu’il ne faut pas confondre

Comparaison de deux avis d’échéance d’assurance annotés au crayon

Le malus résulte d’une règle publique, identique partout, transférable et opposable à tous les assureurs. La surprime, elle, est une majoration décidée par la compagnie en fonction de son appréciation du risque. Elle ne figure pas sur le relevé d’information et ne suit pas le conducteur : elle disparaît lorsque celui-ci change d’assureur, remplacée le cas échéant par la politique du nouvel acteur.

CritèreMalusSurprime
OrigineRègle publiqueDécision de l’assureur
TransférableOui, par le relevé d’informationNon
NégociableNonOui, dans une certaine mesure
DuréeJusqu’à la descente prévueFixée par le contrat

Une conséquence pratique découle de cette différence. Face à une hausse de cotisation, la première question à poser est celle de sa nature : s’agit-il d’une évolution du coefficient, mécanique et opposable partout, ou d’une majoration décidée par la compagnie, qui disparaîtra en changeant de contrat ? L’avis d’échéance permet souvent de trancher, puisqu’il mentionne le coefficient appliqué. Un coefficient inchangé accompagné d’une prime en hausse signale une revalorisation tarifaire, sur laquelle la concurrence joue pleinement.

Certaines majorations occupent une position intermédiaire, parce qu’un cadre réglementaire les encadre et les plafonne. C’est le cas des majorations pour circonstances aggravantes, applicables après une suspension ou une annulation de permis ou après une condamnation pour conduite en état alcoolique. Leur régime est décrit dans notre dossier sur les conséquences assurantielles d’une infraction alcool.

La surprime jeune conducteur relève également d’un encadrement. Elle ne peut excéder un doublement de la prime la première année, se réduit de moitié après chaque année d’assurance sans sinistre responsable, et disparaît au terme de la troisième année. Le suivi d’un apprentissage anticipé de la conduite ouvre droit à une majoration initiale réduite. Cette majoration se cumule avec le coefficient sans se confondre avec lui : un jeune conducteur part à 1 et voit son coefficient baisser normalement.

Lire un relevé d’information sans se tromper

Le document se lit en quatre points, et cette lecture prend cinq minutes. Le coefficient en cours figure en évidence, accompagné de sa date d’effet : c’est la valeur qui sera reprise par le futur assureur.

L’historique des sinistres vient ensuite, sur les cinq dernières années, avec pour chacun la date, la nature et la part de responsabilité retenue. Cette colonne mérite un contrôle attentif : une responsabilité inscrite à tort se conteste, mais plus le temps passe, plus la démonstration devient difficile.

Le motif de fin de contrat, lorsqu’il y en a un, figure également. Une résiliation par l’assureur y apparaît avec sa cause, information qui pèse fortement dans l’examen d’une nouvelle demande, comme le montre notre guide de la résiliation pour non-paiement.

Les périodes d’assurance, enfin, permettent de vérifier l’absence de trou dans l’historique. Une interruption non expliquée soulève systématiquement une question au moment de la souscription.

Une erreur constatée sur ce document se signale par écrit à l’assureur qui l’a émis, avec les pièces justificatives. La rectification s’obtient d’autant plus facilement que la demande intervient tôt.

Trois erreurs de lecture reviennent régulièrement. Confondre le nombre de sinistres et le nombre de sinistres responsables, alors que seuls les seconds pèsent sur le coefficient. Croire qu’un coefficient inférieur à 1 garantit une cotisation basse, alors qu’il s’applique à une prime de référence variable d’un acteur à l’autre. Et supposer qu’un changement d’assureur remet les compteurs à zéro, alors que le coefficient suit le conducteur par ce document précis. Comprendre ces trois points suffit à aborder une renégociation sur des bases solides. Les autres profils de conducteurs et les contrats qui leur correspondent sont regroupés dans la rubrique comparatif assurance.